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CONTINUUM

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Scénario: Javier Aguirre, basé sur l’œuvre “El Marinero” (Le marin) et sur des textes de “En la floresta del enajenamiento” (Dans le bosquet de l’aliénation) de Fernando Pessoa. Traduction Textuelle: Angel Campos Pampano. Musique: Jolly Braga Santos. Acteurs: Berta Riaza, Julieta Serrano, Paca Ojea, et la voix de Maruchi Fresno. Directeur de Photographie: Raul Perez Cubero. Montage: Guillermo Sanchez Maldonado. Maquillage: Dolores Merlo. Secrétaire Exécutive: Marina Reyes Arias. Ingénieurs du Son: Jose Mendieta et Manolo Gama. Assistant de Caméra: Jose Villalba. Chef d’électriciens: Mariano Cárdenas. Laboratoires: Madrid Films. Chef de Production: Manuel Muñoz Pombo. Production: Actual Films pour la Télévision Espagnole (RTVE) Eurofilms. Couleur.

Commentaires sur le film

 

JAVIER MAQUA

J’affirme que « Continuum » (1984) est un des films les plus suggestifs et émouvants de la cinématographie espagnole post-Franco …/… Un des films les plus simples que l’on puisse décrire dans l’univers filmique …/… Continuum est un long-métrage d’un seul plan. Il ne s’agit pas d’un faux long-métrage monoplan comme « The Rope » (le cordage) d’Hitchcock qui en réalité a été tourné en sept plans mais d’un vrai monoplan. …/… « Continuum » a été tourné aussi, et ceci ne pourrait être autrement à plusieurs tranches, peu nombreuses, mais nu, à poil, sans se servir de subterfuges ni de recours, Essayant, bien sûr, de conserver l’illusion du plan unique, de l’espace et du temps non découpés, mais à poil, sans trop de trucage …/… Tout dans ce film, rigoureux jusqu’à la fin (encore l’ascétisme éthique et esthétique d’Aguirre) dégage une odeur de sacré …/… un des textes les plus beaux, essentiels et hermétiques et en même temps primitifs de son auteur. Dans ce texte, Pessoa laisse sentir tout son amour du paradoxe …/… c’est le matériel extraordinaire qui conforme cet espèce d’« auto sacramental » (drame religieux espagnol comparable aux Mystères français du Moyen Âge) signé Pessoa qui, bien avant que l’auteur irlandais ait commencé à écrire, avait déjà des réminiscences beckettiennes …/… Le film, par bien des concepts est intimement lié au genre gothique, c’est un film de terreur gothique tourné en un seul plan …/… Du plan général nous arriverons une heure et demie après, au gros plan de la sœur aînée …/… des yeux de la « parque » la plus âgée, en gros plan (Berta Riaza) commencent, à l’improviste, à couler des larmes …/… la caméra alors retrousse chemin rapidement et laisse voir le « travelling » qui était caché lors de l’avance. A la fin des voies, il y a une vue panoramique circulaire de cent quatre-vingts degrés entre les lances d’arrosage et autre attirail qui rend évident le tournage et fait la mise au point sur ce qui était derrière : l’entrée de l’atelier. Coupées sur le seuil, là aussi, sont les silhouettes des « parques »… /… la lumière doit encore monter à l’intérieur de l’atelier (une sorte d’aube intérieure inverse) jusqu’à ce que nous distinguons leurs visages, jusqu’à ce que nous pouvons les reconnaître sans aucun doute : oui, ce sont elles, les mêmes, le revers de la médaille, l’écho de ce qu’elles sont …/… quelle est la relation entre les textes signés Pessoa et le style cinématographique du film ? Il y a beaucoup de mots de Pessoa qui nous renvoient à ce style mais peu d’entre eux aussi évidents que la phrase d’une des sœurs : « Ne bouge pas ! Ce serait un geste et chaque geste interrompt un rêve ». La caméra d’Aguirre effectivement bouge, comme s’il voulait aussi contredire, ajouter du paradoxe au paradoxe de Pessoa – mais il le fait de façon imperceptible, pour ne pas interrompre notre rêve, comme s’il mettait en scène le paradoxe de Zenon : dans « Continuum » …/… Un beau film, où Dieu habite …/… « Continuum » est un film d’avant-garde ; un film est un film d’avant-garde quand il crée lui-même ses propres codes ; les codes que nous connaissons, auxquels nous sommes habitués, les codes du « modèle Hollywood », ne nous servent à rien pour profiter de ce film ; un film d’avant-garde renvoie le spectateur consommateur et débonnaire ; il faut découvrir à l’intérieur de ce film d’avant-garde le code qui va nous permettre de profiter du film …/… ce qui fait que l’œuvre d’Aguirre incommode autant de gens c’est précisément cette austérité – l’élémentarité ou le minimalisme – avec lesquels il construit ses propres codes, cette radicalité ascétique qui effleure l’Absurde de façon tenace. Mais, Beckett et Kafka, ne travaillent-ils pas avec la même austérité et la même radicalité qu’Aguirre ?.

1995

 

 

EUGENIO DE ANDRADE

Le film, comme m’a informé aussi Javier Aguirre, est tourné en un seul plan, ce qui n’est pas capricieux, naturellement, mais fidèle à l’esprit du drame et à la proposition esthétique des images : imperceptibilité du temps qui passe, du mouvement, et du changement de la lumière dans un espace déterminé. C’était un défi des plus durs dans lequel Javier Aguirre a réussi …/… avec cette lenteur implacable et cruelle du temps, la caméra se déplace de façon millimétrique entre « l’horizon noir » du bon matin et l’aube franche, et ceci, pendant une heure et demie …/… un cauchemar froid, retardé, se développe entre ces murs dépouillés, où tout perd son sens, jusqu’au point que nous ne savons pas si nous rêvons ou si nous sommes rêvés, comme dans une histoire de Borges. Parce que ces femmes nous parlent de l’irréalité de ce qui est réel et la réalité du rêve…/… A l’improviste, en contraste avec la lenteur de cette très longue scène, calibrée à un millimètre près, la caméra revient en arrière à une vitesse folle pour nous montrer les trois veilleuses, dans une lumière froide, peut-être sous le dernier portique, celui de l’éternité …/… Grâce à l’intelligence de Javier Aguirre, très proche de l’instinct, un texte dans le contexte du néo-platonisme, extrêmement difficile de par son obscurité et sa subtilité …/… un texte nébuleux et vague, je disais, se transforme par ses mains en un cauchemar Kafkaïen, rigoureux et calculé. Nous soupçonnions depuis longtemps que Pessoa et Kafka appartenaient à la même famille, dans le film « Continuum » ce soupçon devient une pure évidence.

1989

 

CRISTINA CANO VARA

“Continuum” est considéré le premier film de fiction tourné en un seul plan, comme Aguirre a fait à nouveau dans le film “Voz” (voix) (2000) qui est, à mon avis, la seule adaptation cinématographique de l’œuvre “Company”.